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Patrice Sciortino crée de ses mains un théâtre antique sur le Mont Rome...
Il aura fallu 7 ans à Patrice Sciortino, musicien et compositeur, pour créer de ses mains, sur les pentes
du Mont Rome à Saint-Sernin du Plain, un théâtre antique.
Patrice Sciortino est sans doute le dernier grand compositeur français vivant de
musique contemporaine non-électroacoustique. Dans les ouvrages de référence, son nom figure aux côtés de ceux de Satie, Poulenc et autres Honegger et Milhaud. Et les spécialistes s’accordent à reconnaître que
Patrice Sciortino, qui tire de ses origines italiennes une exceptionnelle couleur et une grande lumière dans ses compositions, fut l’un de ceux qui poussa ses recherches dans l’arythmie et l’a-modalité au-delà des
limites de la “ déraison ” dans cette folie créatrice que l’on nomme le génie. C’est dire que Patrice Sciortino n’a pas a priori l’image d’un manuel. Pourtant, ce qu’il vient de réaliser sur les pentes du
Mont Rome, à Saint Sernin du Plain, tient indiscutablement du travail de ... romain.
Sur ce site magnifique, qui vers l’est domine toute la vallée de la Saône à plus
de 500 m d’altitude, le compositeur a entrepris, il y a 7 ans, la création d’un théâtre antique. “ La musique et la scène ont toujours été le sel de ma vie ”, dit-il simplement pour expliquer cette volonté.
Mais à la différence des Romains, toujours nombreux quand ils terrassaient,
Patrice Sciortino a travaillé très souvent seul, parfois aidé de sa fille Inès, parfois à huit main, mais jamais au-delà. Il lui a fallu d’abord créer un chemin d’accès. Ce qui ne fut pas le plus facile. Puis il a
d’excaver le terrain d’un côté, remblayer de l’autre, chercher des vieilles pierres de granges, jambages de portes, marches de fontaines etc. les charger dans une voiture, les monter sur le site, puis les
trier, avant de les installer et de les cimenter.
La construction a duré 7 ans. Le théâtre, de 40 m de circonférence et de 7 rangs,
peut accueillir 350 à 400 spectateurs. L’emplacement n’a pas été choisi par hasard. “ Ici, il y a un courant tellurique ”, affirme le compositeur. Mais face à la scène, faite de traverses de chemin de fer,
dont on connaît aussi l’énorme poids, se dressent, au-delà des gradins, deux énormes rochers qui renvoient les sons, pour une acoustique exceptionnelle. Quand on demande à Patrice Sciortino le nombre d’heures
passées à construire ce théâtre, il répond : “ Je ne sais pas, je n’ai pas compté. Mais puisqu’on parle d’heures, il faut penser plutôt aux heures passées par les artisans qui ont taillé ces pierres avec
une telle précision. Des pierres auxquelles un jour on a préféré des moellons. ”
A demi-mot, Patrice Sciortino face à ce spectacle un peu surréaliste d’un théâtre
antique créé à la main par un compositeur contemporain, demande : “ C’est de la folie, non ? ” Et si tout simplement le musicien était allé dans cette réalisation (comme il le fait
depuis plus de 60 ans dans ses œuvres musicales) au-delà des limites de la “ déraison ”, dans cette folie créatrice qu’on nomme le génie ?
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